Le mot du président

Vingt ans de combat. Et ça continue…

En 2020, Solidaire fêtera le vingtième anniversaire de sa fondation. 20 ans, ce n’est pas rien. 20 ans, c’est l’âge de la maturité.

En 240 mois, il s’en est passé des choses en matière de protection des jeunes footballeurs. Des bonnes, comme la conférence de la CONFEJES à Bamako en 2000, la publication de l’article « Protection des mineurs » dans le Règlement sur le statut et le transfert de joueurs de la FIFA en 2001 et, bien-sûr, les conférences Foot Solidaire...

Il s’en est aussi passé de terribles, comme la suppression par la FIFA de l’obligation de licence pour les agents de joueurs (2015), devenus de simples intermédiaires, de vulgaires marchands de tapis…Je ne m’appesantirai pas sur le combat sans merci de certains lobbies du foot contre Foot Solidaire. On s’y attendait. Il n’y a qu’à regarder le sort des lanceurs d’alerte au 21è siècle pour mesurer le cynisme de nos sociétés dites démocratiques, civilisées…

En 7300 jours, Foot Solidaire a réalisé de belles choses : la publication de guides pour les jeunes joueurs, l’aide à des milliers de jeunes en France, la sensibilisation en Afrique. Nous avons aussi reçu une dizaine de distinctions, parmi lesquelles le Hero Acting To End Modern Day Slavery Award (2008) et le Prix Humanitaire Jackie Robinson (2015). Tout ceci sous le feu constant de ceux qui veulent saboter notre crédibilité, pour avoir le champ libre afin de transformer définitivement les enfants en chair à ballon.

En 172600 heures, Foot Solidaire a eu le temps de faire sa part d’erreurs. Qui n’en fait pas ? Nous nous sommes quelques fois trompé de partenaires, de choix, à un moment ou à un autre, mais la vision est restée intacte, le cap a été maintenu.

A 20 ans, Foot Solidaire est décidé à poursuivre son action. Plus que jamais, nous voulons construire une organisation indépendante, non inféodée à un quelconque système d’exploitation. Nous voulons conserver notre liberté d’indignation. Cela passe par une autonomie financière. Cela passe par refuser de juteuses subventions ou donations. L’indépendance a un prix, nous acceptons de le payer.

En 20 ans, la protection des mineurs a reculé. Elle demeure inégale, selon les pays, mais les enfants, où qu’ils soient, sont victimes de pratiques et d’un système fondé sur le fric, négligeant les droits de l’Homme. Des valeurs qu’on croyait établies, comme l’éducation, sont remises en cause, sous les coups de boutoir du foot-business ultralibéral. Le trafic des enfants d’Afrique se poursuit dans l’indifférence générale, renforcé par le délitement des footballs locaux et le développement des réseaux de migrations clandestines. Les enfants d’Amérique latine et du sud ne sont pas mieux lotis.

La protection s’étend aujourd’hui dans le champ plus large, des droits de l’enfant dans le sport. Mais alors que le football pulvérise les records financiers, les droits de l’enfant footballeur sont piétinés. En 20 ans, j’ai participé à une centaine de conférences, séminaires et groupes de travail à travers le monde. Pour quels résultats concrets ? Des millions d’euros sont dépensés en événements médiatiques, et rien pour les projets sur le terrain, en faveur des enfants.

2020, c’est déjà demain. Pour souffler les 20 bougies de Foot Solidaire, j’ai pris ma plume et écris un livre-témoignage. « Mon incroyable voyage en ballon… » parait bientôt. Restons mobilisés.

- Jean Claude MBVOUMIN