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La pratique des essais est une zone grise du recrutement du football, l’une des rares à ne pas être règlementée. Aucune règle ne s’applique en effet dans ce no man’s land, une jungle où des dérives et des abus volontaires et involontaires s’opèrent en toute impunité.

L’essai est une période relativement courte au cours de laquelle un club accueille un (jeune) joueur afin de tester et analyser ses capacités physiques, techniques, son intelligence de jeu, sa personnalité... C’est aussi l’occasion pour le joueur de découvrir le club, sa culture, ses installations, ses méthodes de travail.

Les dérives recensées en la matière vont de l’essai express – le temps d’un match- à l’essai à durée indéterminée, qui dure des mois, parfois une saison entière. L’essai exprès dénote un manque de professionnalisme de la part de la structure sportive, à moins que le joueur n’ait déjà été supervisé plusieurs fois et qu’il s’agisse simplement de confirmer les observations des recruteurs. L’essai exprès aboutit très souvent à un sentiment de frustration, de découragement, le jeune joueur n’ayant pu démontrer l’étendue de son talent en un laps de temps si bref. A l’opposé, il y a des cas où les joueurs sont invités pour des tests de recrutement qui s’éternisent, au mépris des droits du joueur. Dans certaines régions du monde, le joueur peut même voir son passeport confisqué.

L’essai n’a pas de durée précise, mais il tend à s’allonger lorsque le club ne veut pas se tromper sur son recrutement. Pour autant, l’essai du joueur étranger ne doit pas dépasser la limite de validité de son visa. Ca parait logique, mais la réalité dépasse parfois la fiction.

Les modalités de l’essai diffèrent d’un pays à l’autre, en fonction du degré de développement du football et du statut et des moyens du club d’accueil. Il faut néanmoins s’assurer qu’il respecte les droits du joueur, sa scolarité, sa santé et son club formateur qui doit être préalablement informé de toute sollicitation et proposition.

Quelques règles élémentaires peuvent se dégager pour un essai soucieux des droits du jeune joueur :

  • Le club d’accueil invite formellement le joueur (lettre d’invitation).
  • Le club d’accueil prend en charge le transport du joueur à l’aller comme au retour.
  • Le club d’accueil prend en charge l’hébergement et la restauration.
  • Le club d’accueil s’assure de la santé parfaite du jeune joueur à l’essai (visite médicale).
  • La club d’accueil prend en charge l’assurance en RC.
  • Le club d’accueil désigne un tuteur pour le jeune joueur, son référent pour toute question d’ordre pratique ou problème pendant la durée de l'essai.
  • Le club raccompagne le jeune joueur à l’aéroport à la fin du test. Et s’assure qu’il a bien repris l’avion.

L’essai du joueur étranger ne doit pas excéder la date d’expiration de son visa. A moins de le proroger auprès des autorités compétentes.

Ca fait beaucoup, diront certains ; en réalité, c’est le minimum syndical. S’il n’est pas possible de remplir ces exigences minimales, alors il ne faut pas recruter.

Avant de se lancer dans un projet d’essai international de jeune joueur, le club doit s’assurer de la fiabilité des intermédiaires, de l’accord du club formateur. Côté joueur, sa famille, son club formateur doivent s’assurer de l’authenticité de la lettre d’invitation. Photoshop est devenu (malgré lui) le sponsor officiel mais efficace des faux agents !

Il est temps pour le monde du football de se pencher sérieusement sur cette pratique qui, non seulement ternit l’image du sport, mais génère également des problèmes juridiques, sociaux, éthiques, et parfois des drames humains. Il est temps d’instaurer un calendrier, une période internationale des essais. Ce serait plus simple pour les consulats et ambassades qui délivrent les visas - tout déplacement de joueur survenant hors de cette période serait suspect. Plus simple pour les clubs d’accueil qui s’organiseraient à l’avance pour accueillir les joueurs dans les meilleures conditions. Il s’agit également de fixer la durée moyenne de l’essai, gratuit par définition, le joueur testé ne percevant pas de salaire ni d’indemnités. Tout essai excédant 45 jours serait alors considéré comme un stage d’apprentissage et ferait l’objet du paiement d’une indemnité au joueur. L’instauration d’un contrat d’essai -gratuit, à moins de dépasser les délais- va donc de soi. Il est temps de rendre l’essai du jeune joueur moins stressant, moins traumatisant, plus humain et plus solidaire.

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