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Cet article fait partie d’une petite série que je propose à cet excellent réseau, à l’occasion du 20è anniversaire de l’article 19 « Protection des mineurs » du règlement (FIFA) sur le statut et le transfert de joueurs (2001-2021).

En 1990, un pays africain atteint pour la première fois les quarts de finale de la coupe du monde de football. Les Lions indomptables du Cameroun surprennent la planète entière, choquant l’Europe, qui méconnaissait jusque-là la valeur du footballeur africain. Les Européens vont dès lors jeter un regard différent sur les footballeurs d’Afrique.

C’est ainsi que le Français Jean-Marc Guillou entreprend un voyage initiatique sur le continent noir, avec l’idée d’y instituer la première académie de football. À cette époque, le développement des jeunes joueurs commence à peine en Afrique, avec la création, à Douala, de l’Ecole de Football des Brasseries du Cameroun (1989). Mais c’est à Abidjan que la révolution a lieu, dès 1993, avec l’« Académie MimoSifcom», née d’un partenariat entre Jean-Marc Guillou, l’ASEC d’Abidjan et le Groupe SIFCOM, sponsor du grand club ivoirien.

Qui est Jean-Marc Guillou ? Pourquoi choisit-il l’Afrique pour expérimenter ses idées jugées farfelues en Europe ?

« JMG »prit le virus de l’entraînement vers la fin des années soixante lorsque, joueur au SCO d’Angers, il fut souvent amené à entraîner les tout-petits du club. C’était l’occasion pour lui de retrouver, comme ces enfants, le véritable plaisir et l’amour sincère du jeu. C’est de cette joie, de ce plaisir de pratiquer que germa l’idée de l’Académie de football. Au terme de sa première expérience d’entraîneur à l’AS Cannes, il lança l’idée, mais les structures du football français rejetèrent l’initiative.

JMG ne se décourage pas. Puisque la France manque de hardiesse, c’est en Afrique qu’il va relever son défi philosophique et conceptuel. Il se rend donc en Côte d’Ivoire pour tâter le terrain.

Au pays des Éléphants, tout est à faire, ou presque. Il y a un fort potentiel humain, une jeunesse talentueuse et motivée. Mais personne ne se préoccupe des footballeurs de 10 à 12 ans. Le déclic se fait dans l’esprit du Français : il sait que la vraie place de l’Académie est là !

En 1993, JMG obtient une aide financière de l’AS Monaco, ainsi que le sponsoring du Groupe SIFCOM, principal bailleur de fonds de l’ASEC. Une structure associative, « Académie Mimosifcom », est constituée. En décembre, le recrutement commence dans les quartiers d’Abidjan : Zezeto, Marco, Chico, Secreto, Diaki, Baky, Erico, Banga, Tanoh sont les premiers pensionnaires. Basée à Sol Béni, l’Académie allie football et études. Elle donnera au football ivoirien sa plus belle génération de footballeurs à ce jour.

Jean-Marc Guillou modèle l’Académie selon ses idées et ses convictions. Il est déterminé à prouver qu’une certaine idée du football peut rimer avec performance. Pour relever ce défi philosophique, un laboratoire s’impose, c’est l’ASEC et la Côte d’Ivoire qui le lui offrent. J’ai rencontré ce visionnaire à Bamako en juillet 2009, ses idées n’avaient pas changé d’un iota : « La formation est indispensable m’expliquait-il, car la plupart des joueurs adultes ont l’esprit perverti par le football réaliste, un football prôné par une majorité de dirigeants et, par conséquent, et fort malheureusement, par nombre de techniciens. » Pour Jean-Marc Guillou, le football doit servir l’Homme. Il l’exprime ainsi : « Toute rencontre doit laisser une empreinte d’expériences et de valeurs humaines, morales et physiques. Le respect du jeu, des joueurs, des règles et des règlements, la générosité par les efforts, l’énergie et les compétences fournis par chacun, pour le bien de l’équipe, du club, du football. La beauté du jeu à travers l’aisance technique, les compétences et les caractéristiques individuelles ; l’intelligence, la lucidité dans l’approche individuelle et collective du jeu et le respect des limites humaines, car si le sport a pour objectif de mener chacun à son maximum, il s’agit surtout de ne pas les dépasser. L’amour du football va de pair avec le respect de l’éthique.[1] »

Des techniciens du football critiquent cette conception du football. Or ces idéaux, Jean-Marc Guillou ne se contente pas de les énoncer, il les met en pratique et les confronte avec succès au réel. Le 7 février 1999, cinq ans après l’ouverture de l’Académie, avec des enfants recrutés dans les quartiers d’Abidjan, il remporte la Supercoupe d’Afrique face aux vieux briscards de l’Espérance de Tunis.

La réussite de l’Académie démontra que disposer d’importantes ressources ne suffit pas pour former des footballeurs ; ne pas en avoir n’est pas un atout, cela va de soi. Tout est question de stratégie. Jean-Marc Guillou réussit à concilier les moyens disponibles à l’environnement, là où d’autres copiaient à l’identique des structures venues d’ailleurs. Il révéla une vérité : le footballeur africain peut être formé chez lui, en Afrique, et se montrer compétitif au plus haut niveau mondial.

[1] www.jmgfootball.com

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