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Cet article fait partie d’une petite série que je propose à cet excellent réseau, à l’occasion du 20è anniversaire de l’article 19 « Protection des jeunes joueurs » du règlement (FIFA) sur le statut et le transfert de joueurs (2001-2021).

Depuis le succès « académique » de Sol béni en Côte d’Ivoire dans les années 1990, la mode des académies s’est répandue en Afrique. À la suite de Jean-Marc Guillou et de l’ASEC d’Abidjan, tout le monde et n’importe qui se sont érigés en formateurs. Trois décennies plus tard, la fièvre « académique » africaine n’est pas retombée. Partout sur le continent, des milliers de structures se sont développées, la plupart moquant les compétences et l’éthique requises.

En dépit de tout bon sens, les académies Low cost se multiplient, obnubilées par le seul argent des transferts. Il n’est pas rare de voir, au détour d’une rue, à l’entrée d’un quartier populaire, une enseigne annonçant : Commerce général, vente de motos d’occasion, formation de footballeurs. Ici, on a l’habitude de faire avec ce qu’on a sous la main, la formation sportive n’échappe pas à la règle. Faute d’alternatives, les familles se tournent vers ces « Fast-foot » qui sont devenues la référence pour préparer les jeunes au football professionnel, en dépit des dérives qu’elles génèrent (déscolarisation des jeunes, trafic des mineurs, migration clandestine...)

Le statut juridique des jeunes en formation au sein des académies africaines demeure flou. La formation suppose une convention liant le club formateur au jeune joueur et à sa famille, avec des droits et obligations de part et d’autre. Ici, la licence seule fait office de convention de formation. Des « formateurs » perçoivent des indemnités importantes, sans dispenser une vraie formation, sans faire grand-chose pour les mériter. « Les instances du football encouragent et récompensent la médiocrité, s’insurgent leurs pairs. Ce n’est pas ainsi qu’on aidera le football africain à se développer ».

Nul ne conteste la contribution sociale des académies, qui occupent le plus grand nombre d’enfants à longueur d'année. Mais loin de faire preuve d’un leadership responsable, elles tendent à réduire l’activité de formation en un simple commerce de jeunes joueurs. Elles sont loin d’être les premières responsables, mais elles ont une part dans le délitement des footballs africains. Il y a aujourd’hui besoin de faire le tri, d’identifier les « bonnes » académies, celles qui font des efforts, des autres.

Trente ans après l’Académie ivoirienne, apparait un paradoxe : malgré des milliers de ces structures de formation, en proportion l’Afrique révèle moins de talents indiscutables et ses sélections de jeunes n’ont pas de meilleurs résultats dans les compétions internationales. Ce qui oblige certaines à faire appel à des binationaux U17, un signal négatif pour les enfants des académies locales.

L’Afrique est forcée d’agir, si elle veut inverser la tendance, parce que rien ne sera plus comme avant le Covid. Secoué par la pandémie, le football entre dans une ère incertaine et doit reconsidérer son modèle économique. Les répercussions se font déjà sentir, elles sont incalculables sur le moyen-long terme. En Afrique, en Amérique latine et, dans une moindre mesure, en Europe, les jeunes ont été les oubliés du Covid, ils seront encore les premières victimes des dépôts de bilan et des coupes budgétaires.

Les tournois internationaux de jeunes ne reprendront pas demain, et la mobilité individuelle sera plus compliquée. Désormais, la santé est une donnée essentielle de la formation et elle ne saurait plus être bricolée. Les formateurs d’Afrique doivent améliorer leurs pratiques et agir de manière plus responsable. Ils doivent (re)placer l’enfant au cœur du projet de formation, l’éduquer, le protéger et l’aider à préparer un plan B en cas d’échec sportif. Il est aussi du devoir du formateur de sensibiliser les jeunes et les parents sur les mythes et les dangers, sans briser leur rêve, mais afin qu’ils puissent le vivre les yeux bien ouverts.

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